mardi 24 mars 2009

Lorsqu'une fondation écologique vire les Honduriens de leurs terres … par Xavier

La semaine dernière, je suis allé visiter la communauté de La Libertad avec le padre Juan. Celle-ci se situe dans la montagne, dans une vallée enclavée, coupée du monde. Un havre de paix, un coin de paradis ! Les caféiers, les bananiers et autres plantes montrent une palette de verts infinie... une petite rivière qui sillonne la vallée, les montagnes, des maisons forment un spectacle enchanteur...

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Pour y arriver, il faut monter 2 heures en 4*4 sur une route de pierres, puis marcher 1h. Là bas les gens vivent de la culture du café et des haricots rouges qu'ils descendent à dos de mules dans la vallée pour les vendre. Ils se sont groupés en coopérative pour pouvoir améliorer le séchage du café : ils ont acheté un terrain ensoleillé dans la vallée, et fait un sol en ciment pour améliorer la qualité de leur café.

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En montant avec quelques uns, nous discutons avec eux. Voilà les différents éléments de cette conversation :

La fondation Pico Bonito est responsable de la gestion du parc national de Pico Bonito. C'est le massif qui se situe entre La Ceiba et Olanchito. Cette fondation a aménagé un parc naturel près de La Ceiba, ainsi que diverses installations touristiques. Il est donc possible de profiter de la forêt tropicale, de la faune et de la flore de ce massif, mais aussi de faire du rafting. Cette partie ce situe sur le côté nord du massif.

Actuellement La Fondation Pico Bonito est en train de racheter aux paysans tous les terrains autour de la communauté de la Libertad, qui est au sud du massif. Son projet est de replanter des arbres pour capter le CO2. Et donc petit à petit, elle étend son périmètre.

Pour le paysan qui vend sa terre c’est une grosse somme. En effet , un terrain vaut environ entre 200 000 et 300 000 Lempiras, un peu près 10 000€. Cette somme représente des années de travail, et c’est de l’argent facile. Avec cette argent, une famille peut acheter une petite maison à Olanchito. Mais ensuite sans terre et donc sans travail, comment le paysan peut-il nourrir sa famille? Sa seule compétente il la tient de la connaissance de la terre. Sera-t-il obligé de revenir travailler dans cette vallée comme salarié de la fondation?

Et puis si au début il refuse de la vendre, son voisin va-t-il résister aux sirènes des dollars? Et son voisin de l'autre côté? Et une fois seul, enclavée par la Fondation que va-t-il faire?

De plus on peut s'interroger sur les motivations de cette fondation.Il s'agit d'un regroupement d'un rassemblement d'entrepreneurs honduriens. L'objectif officiel est de replanter des arbres pour protéger l'atmosphère. Mais actuellement elle cultive des pommes de terre, du café et parait-il des arbres pour en extraire du bois précieux. Pourquoi? J'ignorais que les plants de café ou l’acajou sont meilleurs pour transformer le C02 en 02. Je file revoir mes cours de bio... Pourquoi mener une telle politique expansionniste? les réels objectifs de cette fondation sont-ils financiers ou écologiques?  

Les gens de la Libertad appellent la Fondation : l'empresa qui en Français signifie entreprise. Et puis il ya ce projet de construire une route dans cette vallée pour rejoindre la Ceiba. En une heure, un camion pourrait être à la Ceiba : un marché important (3ième ville du Honduras) mais aussi une ouverture sur la mer et donc sur les marchés américains et occidentaux.

Aujourd'hui, la fondation apporte du travail et de l'argent à un certain nombre de personnes dans cette vallée. Elle paie 135L/6€ par jour pour planter et faire des clôtures. 

D'un point de vue libéral, on peut se dire que le développement de cette fondation va apporter des emplois, d'un point de vue écologique, elle restaure un écosystème, d'un point de vue humain ??? Que va-t-il se passer?

Je reste perplexe : Est-ce inéluctable? Le capital sera-t-il toujours plus fort que l'humain? Comment concilier un développement qui concilie environnement, humain et apport de richesse?

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Il y a eu un précédent dans la vallée d'Olanchito. La Standard Fruit Company, une entreprise américaine, a racheté au début du XX siècle tous les lopins de terre des paysans de la vallée pour en faire une énorme plantation de bananes.  Cette expansion a conduit à développer des emplois, des infrastructures dans cette vallée, mais aussi une précarisation de l’emploi. En effet, les propriétaires après avoir dépensé tous leurs pécules de la vente de leurs terres se sont retrouvés “sans-le-sou” et obligés de travailler pour la Standard. En 2009, l’exploitation de la banane perdure dans la vallée de l’Aguan, mais avec la crise, la Standard n'embauche que des personnes en contrat à durée temporaire. Va-t-on reproduire ce même schéma pour la vallée de La Libertad?

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mardi 17 mars 2009

Un samedi à Las Vegas par Maÿlis

Pour nous ici l' adaptation suit son court. Samedi 6 Mars, j' ai accompagné Xavier à son cours de mathématiques avec les enfants de las Vegas. Après 20 minutes de vélo sous le soleil et des "buenos dias" à tout va, nous arrivons enfin. Je suis Xavier qui fait le tour des familles pour dire bonjour et faire savoir qu' il est bien là pour le cours de maths. Il me présente à tout le monde, c' est marrant, au bout de 5 minutes, nous avons une petite file d' enfants qui nous suit.

Nous arrivons dans la classe avec plus de 20 enfants autour de nous ! Nous décidons de faire 2 groupes, un de filles et un de garçons, un qui va travailler les mathématiques avec Xavier, et un qui va faire un atelier de dessins avec moi, car nous faisons un échange de dessins avec les enfants français de Bréval pour le carême. Au bout d' une heure nous échangeons les groupes.

Atelier mathématiques :P1130665

Atelier dessin :P1130651

Enfin, je finis par aider un garçon, Mauricio, à faire des additions, car le problème que rencontre Xavier avec ce groupe de soutien, c'est la grande différence de niveau. Ça me fait bizarre de voir un enfant de 12 ans ne pas réussir à faire une addition, mais quel vrai bonheur de voir qu' au bout de trente minutes il commence à comprendre et qu' il me demande de lui poser des additions pour qu'il puisse les faire la semaine suivante chez lui. 

Apprentissage de l' addition pour Mauricio :P1130733

Après le cours de maths, Xavier enchaîne une partie de pelota (football) avec les garçons, moi je range la classe avec les filles et discute avec celles qui terminent leur dessin. C' est étrange de voir une jeune femme de 19 ans, Dounia, enceinte de son deuxième enfant, heureuse de pouvoir dessiner comme les autres enfants.

Les joueurs de pelota :P1130760

Puis nous sommes invités à déjeuner chez Dona Amparo et Don Aurelio. Leurs filles viennent nous chercher pour nous dire que le déjeuner est prêt, repas typique hondurien : riz, haricots rouges, petit morceau de poulet, et bananes. Nous discutons de leur famille recomposée. Don Aurelio nous montre des photos de ces enfants issus d'une autre union, Dona Amparo nous parle de son fils qui est à San Pedro Sula. Sur les 4 filles qui vivent avec eux seulement 2 sont les filles de Don Aurelio, on a un peu de mal à s' y retrouver dans toutes ses unions, mais le principal ici, comme nous le fait comprendre Don Aurelio, c' est d'avoir à manger.

Keilly travaillant ses mathématiques :P1130670

Quand je demande pourquoi Keilly, leur fille de 12 ans ne va pas au collège il me répond qu' il n' a pas l' argent pour l' envoyer, même au collège publique, car il faut payer l' uniforme, les fournitures scolaires, les livres... et lui a juste assez d' argent pour nourrir sa famille. Dure réalité, ça nous fait mal au coeur de nous dire que ces 4 gamines autour de nous vont arrêter leur scolarité au primaire, et encore elles ont la chance d' apprendre à lire, à écrire et à compter grâce à une professeur payé par l' état qui vient toutes les semaines enseigner aux enfants du primaire. Le week-end une volontaire de la paroisse, Nilia, vient pour enseigner aux femmes adultes, et Xavier s' occupe des mathématiques 2 fois par semaine pour les femmes, et le samedi matin pour les enfants.

Niela et le responsable d'Educa todos, le jour de la rentrée :P1130631

Après cet échange très enrichissant, nous accompagnons Dona Amparo à l' école car Niela donne un cours cet après midi. Quand à nous, nous reprenons nos vélos et nous rentrons retrouver notre chez nous, heureux de cette belle journée, de la simplicité d'accueil des Honduriens et de ces beaux moments partagés.

vendredi 6 mars 2009

Carte Postale de Trujillo

Le week-end dernier, nous sommes allés à Trujillo, une petite ville située sur la mer des Caraïbes. 

Pour y aller c'est un peu la galère, il faut prendre 3 bus. Donc pour faire 150 kilomètres, il faut compter 4 heures. Je laisse les "matheux" faire la moyenne horaire. En vélo on y va presque aussi vite !

Nous sommes partis après le cours de maths de Xavier, pour arriver Samedi à 17h, juste à temps pour nous jeter dans l'eau chaude des Caraïbes et profiter des derniers rayons de soleil de la journée.

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Trujillo est ville située sur une grande baie de la côte Nord du Honduras. Christophe Colomb y aurait accosté lors de son dernier voyage en Amérique. Elle a servi de base aux colonisateurs espagnols. Et donc elle fut pillée régulièrement par nos ancêtres corsaires ! Au début du siècle, elle devint la capitale de la banane, comme principale porte de sortie pour les exportations de bananes vers les Etats-Unis. Elle fut complètement détruite par l'ouragan Mitch en 1998. Aujourd'hui, c'est une charmante petite ville de  30000 habitants, tranquille capitale du département Colon. Mais elle serait aussi une porte d'entrée de la drogue au Honduras ?

Les touristes il n'y en a pas beaucoup, nous avons été très tranquilles, ces deux jours.

Nous avons pu découvrir la communauté Garifunas de Trujillo. Les Garifunas sont des descendants d'esclaves africains qui ont gardé leur propre culture : danse, langue, artisanat. cuisine...

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Nous avons bien profité de la plage : ballades, lectures, baignades... et aussi visiter la forteresse Santa Barbara.

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Que les couleurs sont belles ! Elles se déclinent en différents touches de nuances de vert pour la montagne et de nuances de bleu pour la mer.  

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Nous avons aussi profité de manger des choses que l'on a du mal à trouver à Olanchito ; pour Xavier : crevettes et poisson ; pour May qui elle préfère toujours et encore la viande : filet mignon et boeuf.

Nous sommes rentrés le lundi matin sous la pluie, reposés et heureux d'avoir pu profiter d'un beau soleil tout le week-end !

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